jeudi 30 mars 2017

Séché




Face à face. les pieds sur le siège de devant. L'allure savamment décontracté et l'arrogante beauté de cette jeunesse qui n'existe que quelque part autour de 22 ans (avant ils sont encore engoncés dans leurs habits de lycéens taillés par leurs parents selon leurs désirs de parents et après ils ont dans les yeux un éclat de tension qui vient de s'être déjà frottés aux horaires imposées, à l'idée de devoir y arriver mais pas toujours à quoi et à l'envie de ne rien laisser passer).

Deux jeunes hommes donc. Ni gros ni maigres, ni grands ni petits, ni caricatures de sportifs ni portraits robots de geeks au teint pâle.

On comprend assez vite, et sans trop chercher à y prêter attention d'ailleurs, qu'ils parlent régime.

Leur conversation s'impose. On notera à leur décharge que leur échange est tout à fait bonhomme et qu'ils ne cherchent nullement à attirer l'attention. Ils parlent, tranquilles, faisant porter leur voix dans le wagon sinon à peu près déserté de ce début d'après-midi légèrement entorpeuré dans cette premier journée de chaleur de printemps.

- L'important, c'est que tu brûles plus que tu ne consommes, tu vois. Quand t'as faim tu remplaces par plein de salade. Des pommes aussi. Pas de pain, pas de riz, pas de pâtes. Comme ça tu sèches.

- Pas de viande ?

- La viande faut faire gaffe. Tu manges des pommes. Et surtout pas de sucre.

(soupir effaré du deuxième. On l'imagine, dépité, manger des pommes et de la salade alors que le monde entier autour s'empiffre de MacDo) : Et tu fais ça longtemps ?

- Nan, tu peux le faire un jour avec, un jour sans.

- Mais pendant combien de temps ?

- Jusqu'à ce que t'as le résultat que tu veux. Là je vais le faire un mois.

- Ah ouais. Mais alors le matin, tu manges quoi ?

- Une pomme

On sent dans les relances du second que ses envies de ressembler à GI Joe, de devenir l'Apollon du dancing, le bellâtre aux tablettes de chocolat, s'amenuisent à mesure que le premier lui annonce le mois de privation à venir.



mercredi 29 mars 2017

L'homme araignée et la sociologie de comptoir



<< Spoiler alert >> amoureux fou de Marvel et/ou des Avengers, désireux de garder jusqu'au bout intact le plaisir de la découverte de ce nouvel opus jusqu'au 7 juillet prochain, passez votre chemin. Non, c'est vrai, je comprends. Ca m'énerverait aussi d'apprendre dans un post de blog Si Meredith va enfin remplacer Dr Mamour dans Grey's Anatomy.



Le nouveau Spiderman, Homecoming (que les Québécois ont traduit par "retrouvailles" ce qui a le mérite de la clarté), annoncé pour l'été prochain, envahit littéralement la toile (hé hé) depuis quelques mois avec des extraits exclusifs, des bande annonces bondissantes et la diffusion sur Canal + d'une jolie introduction dans le dernier Avengers, Civil War (que les Québécois ont traduit par "guerre civile" faisant ici preuve d'un beau sens de la traduction littérale).

Inutile de vous dire qu'il ne va pas être facile de passer à côté.

Au-delà d'une histoire qu'on imagine forcément jalonnée de sourires, d'obstacles, de blagounettes de Tony Stark, de bagarres, de peut-être Gwyneth-Pepper, d'échecs et finalement de victoire éclatante sur paysage dévasté, ce nouvel opus représente une chouette analogie de ce qu'est un Millenial vu par les générations qui le précèdent.

Le Millenial (en anglais), appelé aussi Génération (Y en français), est devenu petit à petit l'épouvantail moderne qui remplace avantageusement les CD suspendus dans les arbres pour faire fuir les oiseaux vieux. On le pare de mille vertus (il a tout compris, il va sauver le monde) et on le craint comme un virus (il va nous expédier en maison de retraite avant nos 50 ans)

Voici donc ce que cela donne si l'on pose ces deux figures de la société moderne sur les deux personnages principaux du film (déjà aperçus dans Civil War).

(la suite après le saut)

mardi 28 mars 2017

10 distractions qui améliorent votre productivité


Jean-Daniel Lorieux via Man Repeller


Derrière ce titre de post qui témoigne de ma (trop) grande consommation de LinkedIn en ce moment se cachent toutes les choses qu'on ne peut pas faire au bureau et c'est bien dommage parce qu'en même temps ça ne nuit pas vraiment à la concentration ni à la quantité de travail abattu. Il faudra que je m'en souvienne quand je négocierai mon prochain CDI.

Me faire les ongles de pieds (si vous êtes un homme, se faire les poils du nez doit faire le même effet). En profiter pour continuer à travailler pieds nus.

Prendre mon ordi sur les genoux et me poser sur le bord de la fenêtre là pile où l'écran est à l'ombre et les doigts de pieds au soleil ;

Aller courir, marcher, faire une course, repasser 3 chemises, mettre du linge à sécher, bref toute activité vaguement ennuyeuse et répétitive propice à la réflexion ;

Terminer les BN (d'abord c'est vraiment des gâteaux pas du tout bons pour la santé. Il vaut mieux laisser le pain complet aux enfants, un jour ils me diront merci) ;

Travailler sans musique et la fenêtre ouverte jusqu'à me rendre compte que les oiseaux, les jardiniers, les chiens font un barouf d'enfer (ça s'appelle réhabituer ses oreilles au silence, qui donc, n'existe pas)  mais que ça ne rend pas pareil que les sirènes de police, les embouteillages et les téléphones qui sonnent ;

M'interrompre pour aller chercher le t-shirt blanc et les chaussettes de danse de Marguerite (dans le sac de linge sale), lui faire (avec amour) un smoothie lait mangue banane (qu'elle ne boira pas parce qu'elle préfère quand ils sont rouges) et lui donner une Pom'Pote et un pain (frais) avec du chocolat.

Ecrire dans mon lit en posant mon ordi sur le gros coussin ringard d'IKEA.

Faire une pause déjeuner de 12 minutes à 15 heures. Ou de 2 heures entre 11 heures et 13 heures. Quand j'en ai marre plus que quand c'est l'heure.

Aller déjeuner ou prendre un café avec plein de gens différents et ne pas parler de mon boulot, mais du leur ou bien alors de plein d'autres choses.

vendredi 24 mars 2017

Red Nose Day



A moins d'habiter dans une grotte humide dans le Vercors (et encore je suis sûre qu'on doit bien pouvoir capter un signal 4G), difficile d'échapper à la bande annonce de la mini suite de Love Actually qui va être diffusée aujourd'hui en Angleterre et le 25 mai aux Etats-Unis à l'occasion du Red Nose Day.

Love Actually, film choral réalisé par Alan Curtis où Hugh Grant, Colin Firth, Emma Thompson et Keira Knightley sont plongés dans les affres de l'amour. Love Actually, aussi indispensable à Noël que la paella de madame Willman et les Ferrero Roche d'Or.

La nouvelle d'un bonus inédit et tout chaud fait donc le tour des réseaux sociaux, ainsi que cette petite vidéo réjouissante.

Mais savez-vous ce qu'est le Red Nose Day  - littéralement le "jour du nez rouge" ?

(hop le saut)


jeudi 23 mars 2017

Martine's women agency





12 heures 30. Belinda se hâte rue de Marignan. Ses talons bobines claquent sur le trottoir et le vent souffle, mettant en péril la coiffure élaborée de la jeune femme qui tente malgré tout de garder la tête haute et le souffle régulier. Hors de question d'arriver rouge tomate devant Martine.

Martine est une femme à qui on ne joue pas le jeu de l'excuse bidon. Martine a passé l'âge. Elle tient son agence d'une main de fer et ne tolère aucun écart. Au départ, c'était un jeu, un passe-temps amusant : avec son entregent et ses connaissances, elle avait proposé de rendre service à ses riches amies qui avaient besoin de personnel ponctuel et bien né. Sa fille était adolescente et était toujours à la recherche de petits boulots pour arrondir ses fins de mois et financer son shopping. Jolies, bien habillées et très bien élevées, elle et ses amies faisaient un tabac dans les diners et les pince fesses organisés dans les salons des beaux quartiers.
Et puis, un jour ,Martine s'est prise au jeu. Elle a monté son agence, pris des bureaux à côté de Champs Elysées, embauché une assistante et fait visser sa plaque sur la façade.

Martine's women agency. Un nom qui claque.
Loin des flonflons des noms d'agences de mannequins et du racolage des boutiques d'hôtesses :
son prénom en avant, sa carte de visite, son oriflamme,
et puis une touche d'anglais pour la classe
et le mot women pour bien signifier aux importuns chasseurs de filles faciles de passer leur chemin.
La clientèle de l'agence aime chasser le soleil toute l'année, rester dans un entre soi rassurant, se protéger du scandale et des étrangères aux pouvoirs vénéneux. Elle apprécie le calme tranquille de Martine et sa totale discrétion.

30 ans plus tard, Martine est un peu lasse mais elle tient toujours la barre.
Un jour ou l'autre elle dévissera la plaque et fermera ses bureaux. Emportera ses petites histoires et ses grands secrets avec elle à Cassis, dans sa villa avec vue sur la mer, et coulera des jours heureux, loin de l'agitation de la vie parisienne et de ses socialites qui tuent le métier à petit feu avec leurs jambes kilométriques et leurs jupes aussi courtes que leurs idées.

En attendant, aujourd'hui, elle a rendez-vous avec une candidate.
12 heures 31 et l'interphone grésille.

Martine se lève, lisse sa robe, vérifie sa coiffure et se dirige vers la porte.



PS : en réalité, Martine's women agency est une agence de mannequin, sise au 15 de la rue de Marignan, à des années lumière de la douce nostalgie qui se dégage de son nom et de sa plaque (mais qui représente des femmes de tous âges plutôt chics).





lundi 20 mars 2017

Raconte moi une histoire de MOOC






MOOC veut dire Massive Online Open Course. En français on devrait dire FLOT (Formation en Ligne Ouverte à Tous) mais en fait on le dit pas, snobant pour toujours toutes les ouvertures hilarantes de jeux de mots de cet acronyme maritime (non, ne me poussez pas, je n'en ferai rien)

Aujourd'hui on peut quasiment prendre des cours de tout sur Internet sur des plateformes dédiées, bien souvent gratuitement, et à condition d'être hyper motivé (pas de radiateur sur lequel s'endormir, pas de voisin compréhensif pour tricher pour les exams, pas de sonnerie qui annonce la récré). Des universités, des institutions, des centres de recherche, des marques, des centres de formation pour adultes, proposent d'éclairer vos longues soirées d'hiver été vos riantes soirées d'été.  Tapez MOOC sur Google et explorez, vous allez voir, c'est Luna Park.

A ce moment, haussement de sourcil de tous les Gauthier, les Salima, les Hugo, les Fiona (et tous les autres), qui, à-mi parcours de collège peinent à comprendre comment on peut avoir envie de retourner à l'école sans y être obligés.

Est-ce parce qu'une fois adulte on se rend compte qu'on apprendra toute sa vie ou bien parce que certains cours sont franchement baths, en tous cas les MOOC cartonnent.

Au milieu de l'océan de propositions, une d'entre elles est super bath.

Pixar vient de mettre en ligne un cours gratuit sur la Khan Academy pour apprendre l'art de raconter une histoire.
Le cours, en anglais (et sous titré en anglais ce qui le rend accessible même si vous n'avez pas épousé Miss Marple ou le Docteur Sheperd), propose une série de vidéos, de témoignages et d'exercices qui complètent la série intitulé "Pixar in a Box".
Le premier chapitre est déjà en ligne, les autres suivront progressivement.
Dans les premières leçons, on apprend que toute histoire commence par "what if ?", ce qu'on pourrait traduire par "imagine", gymnastique jubilatoire qu'affectionnent certains, qui devrait être au moins aussi obligatoire que la cohérence cardiaque, la méditation et le chocolat pour garantir un esprit sain, un corps sain et tout le tintouin.

Et ce n'est pas Madame Berthou, jamais rassasiée de rédactions de CM1 en 1981 et éternelle muse de ce blog, qui me contredira.

Vivement fin mars pour le deuxième chapitre.



PS : la Khan Academy a été créée par Salman Khan, un de ces hommes incroyables et visionnaires qui savent super bien raconter leur fabuleuse histoire, ici celle d'un Américain issu de l'immigration qui a gravi un par les un les marches académiques avait de lancer son académie ouverte pour que tout le monde aie le droit d'accéder à la connaissance. Vous pouvez le découvrir ici, dans une conférence donnée en 2011.

jeudi 16 mars 2017

Amazing grace





"Ce n'est pas quelque chose que l'on peut contrôler
Ce qu'on appelle la grâce, c'est un état d'esprit, 
Ca ne s'apprend pas.
La grâce, elle vient uniquement de la tête, 
de savoir comment on parle aux autres
C'est uniquement l'âme du personnage qui ressort.
C'est ça la grâce je crois"


Dans un court-métrage réalisé par Clémence Poésy pour l'Opéra de Paris, c'est l'étoile Michaël Denard qui fait la voix off.
Et il faut l'écouter poser ses mots avec précaution sur les images pleines de concentration, de douceur et d'effort des élèves de l'école, isolés dans une bulle ouatée.
Ce film est un petit véhicule de grâce justement, où l'on sent toute l'empathie de l'équipe qui a saisi ces instants de travail intense de ceux que l'on verra peut-être un jour en plein soleil, sur la scène.








Allez fureter sur le site de l'Opéra de Paris et 3ème Scène, sa plateforme de contenus numériques : une vraie mine de vidéos qui ouvrent les yeux sur une toute autre manière de voir l'Opéra, par exemple en ouvrant celui-ci à l'interprétation d'artistes que l'on ne s'attend pas à voir là, comme Vincent Dedienne ou Abd Al Malik ou Clémence Poésy justement.




LinkWithin

Blog Widget by LinkWithin