lundi 13 novembre 2017

Se faire des noeuds au cerveau



Hellovader



Est-ce que regarder des vidéos de broderie peut être considéré comme "créer un climat propice à la réflexion dans le but de produire un contenu utile et enrichissant à destination d'étudiants en journalisme ?".

S'il est entendu qu'il (me) faut consacrer toute mon attention à un sujet qui n'a rien à voir pour finalement trouver l'inspiration qui me fera produire un contenu de qualité à destination professionnelle, ne faut-il pas s'intéresser à la nature même de ces détours ?

Et dans le cas présent, est-ce que le fait de regarder des vidéos de broderie pour apprendre à faire un point de chainette alors que la seule boucle que l'on maîtrise est le noeud de chaise peut être considéré comme un signe envoyé par ses neurones ?


A défaut d'avancer sur le contenu du-dit cours (fichu pour fichu, laissons l'inconscient faire son oeuvre, nul doute que l'inspiration jaillira demain), attardons-nous donc sur cet attrait soudain pour les travaux d'aiguille.

On pourrait penser, très prosaïquement que c'est une réponse basique au stimulus envoyé hier par Lucille qui sait manier l'aiguille avec décontraction et coolitude entre deux gorgées de thé vert pour réparer un chandail décousu. Stimulus déjà ressenti à de multiples reprise devant Charlotte qui raccourcit elle-même ses pantalons ou face à Emmanuelle qui fabrique ses coussins de canapés. Oui, on peut avoir été élevée par une fée du logis diplômée en arts ménagers et s'avouer un peu perplexe devant sa boite à couture (pourtant fort bien garnie).

On peut aussi imaginer qu'il s'agit d'un effet collatéral de la chirurgie réalisée en ambulatoire (j'aime bien ce terme, tout de suite ça me fait penser à un clown dans une roulotte et non pas à un chirurgien en calotte Hawaï et pyjama bleu tout content à l'idée de me faire des trous dans les jambes) la semaine dernière et dont la résultante est l'inscription (temporaire m'a-t-on promis) sur mes mollets de la carte astrale du jour de ma naissance. A ce niveau là on regrette que le Dr K. auquel l'ensemble du personnel de la clinique semble vouer un culte n'ait pas tenté l'école de la chambre syndicale de la couture parisienne.
Mais de la suture à la broderie, y a-t-il une passerelle professionnelle ? Pas sûr.

Des esprit malins pourront pointer l'ironie d'une telle attirance pour des travaux d'aiguille, symbole s'il en est de la culture patriarcale jetée aux feu par des femmes décidées à ne plus se laisser enfermer dans des clichés de soumission et de domination masculine : vade retro Môman qui raccomode les chaussettes au pied du feu pendant que papa ronfle devant Télé Foot. Soit. 
Mais jouer avec les contradictions n'est pas interdit, c'est même devenu un jeu. Et il y a un monde entre Cosette et notre Cousette version 2017 qui peut envisager très sérieusement de broder des vers de Céline Dion sur la fesse de son jean.

Mais alors, pourquoi ? Il peut s'agir d'une réponse à la digitalisation rampante de nos vies et le besoin presqu'animal que l'on a tout à coup de réaliser un vrai truc avec ses mains. Oeuvre que l'on brandira fièrement devant des enfants qui n'ont eux, toujours pas compris qu'un gâteau au yaourt est mille fois meilleur qu'une crêpe Waouh au chocolat avec des boulettes craquantes dedans. Ou qui préfèrent les Pom'Potes à la compote maison ("pffft, trop relou, faut prendre un bol, trouver une petite cuillère et après les ranger dans le lave vaisselle").
Faire pousser ses fines herbes, peindre une fresque sur les murs du salon, broder un t-shirt, pétrir son pain. Tout un tas d'activités chronophages, ingrates, périlleuses, parfois même onéreuses (si on les compare au coût de leur équivalent low-cost dans le premier magasin à moins de 100 mètres de chez soi) et qui pourtant revêtent un irrépressible attrait à nos pauvres yeux exorbités de pixels.
Mais cette explication est beaucoup trop politiquement correcte pour satisfaire nos fins esprits ennemis du mouvement populiste "cétait mieux avant" qui englue nos lundis matins et pourrit nos envies irrépressibles de binge-watching d'Instagram et de Pinterest.

Alors pourquoi ?

Eh bien... Je n'en sais fichtre rien.






PS : les kits de débutantes de Britney Pompadour me font de l'oeil depuis des mois. J'ai bien envie de me lancer.

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