lundi 26 janvier 2015

Le photographe



Il y a les photographes de mannequin, "oui c'est bon bébé, séduis moi" qu'on imagine toujours entre deux avions, entre deux shootings sur des plages paradisiaques et dans des lofts du Meatpacking District, entourés de mannequins aux jambes télescopiques et d'assistantes semi hystériques qui frétillent derrière les flash

Il y a les photographes culinaires "waouh regarde moi cette courgette" qui passent 12 heures sur un risotto au safran, à traquer les ombres sur les grains de riz.

Les photographes de fashion weeks aussi qui développent des stratégies quasi militaires pour s'arroger de haute lutte la bonne place au bout du catwalk et sont les seuls à ne finalement pas du tout profiter du spectacle qui s'offre devant eux, à quelques centimètres.

(la suite après le saut)


Et puis les photographes animaliers, sportifs, l'appareil en bandoulière, abonnés à la barbe de trois jours et la veste multipoches et qui parcourent le monde à grandes enjambées, portés par le vent  de l'aventure

A côté de ces figures flamboyantes et volontiers romancées, on aurait tort de passer à côté du portraitiste tout terrain. Acteurs, chef d'entreprise, employés, boulangers ou agriculteurs, leur truc c'est de faire venir dans leur lucarne des gens de tout horizon. Dans un studio loué ou une salle de réunion transformée pour un jour, rideaux tirés et murs tout blancs. Pour une plaquette ou un look book, un site vitrine ou un article très sérieux dans un grand quotidien.

Leurs sujets arrivent un peu intimidés, se font maquiller, posent des questions et demandent, vaguement inquiets comment ça va se passer.

Lui, les attend l'air de rien, le nez dans ses objectifs. Et puis il commence, et se transforme petit à petit en chorégraphe "une jambe un peu en avant, les épaules vers moi mais le regard vers le mur, oui voilà c'est ça", pose des questions anodines, sourit, recommence, fait des blagues.

Après un petit moment, les épaules de son sujet se relâchent, le regard s'ouvre et les mouvements se font plus fluides. les barrières tombent et les photos s'empilent, en rafale, sur la carte du photographe qui  déroule et continue pour ne pas rompre la magie.

Avant de remercier après un dernier regard sur son aperçu et de laisser partir son sujet, qui hésite avant de quitter la scène, souriant et vaguement étourdi par les flashs et ce shot d'attention bienveillante à laquelle il n'est pas toujours habitué.




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