mardi 10 octobre 2017

A propos de l'élégance et des vêtements





Les vêtements, ça a quelque chose de futile, d'énervant, de saoulant, d'indispensable et de négligeable. 

Preuve en est l'uniforme que nombre d'entre nous revêtons chaque jour pour ne pas avoir à nous poser l'épineuse question qui met le bazar dans notre organisation millimétrée du matin "mais qu'est-ce que je peux mettre". 

On a aujourd'hui, et c'est heureux, le plus souvent le privilège de choisir son uniforme.
L'uniforme peut être un pantalon noir et des baskets ou un costume bleu marine avec une chemise blanche (Hello Barack) ou un pull bleu avec un jean brut et des boots (Hello Jean) ou un total look Décathlon. Si l'habit reste un marqueur social, les coutures s'en sont un peu détendues et à moins de travailler dans la banque ou dans l'assurance, l'éventail des propositions est large et chacun peut composer sa panoplie presque comme il l'entend.

Et pourtant, la fashion week vient de se terminer (mais va-t-elle vraiment s'arrêter ? J'ai l'impression qu'elle est toujours en ligne quelque part), nous sommes assaillis de propositions plus ou moins alléchantes pour renouveler sans cesse notre penderie, et bon sang de bon soir, l'habit, quoi quoi dise, quoi qu'on fasse, fait encore bien souvent le moine.

On peut le prendre comme une tannée, une injonction insupportable, de la gourmandise ou une malédiction.

Sophie Fontanel, elle, passionnée par les vêtements, a une toute autre explication, qu'elle nous livre à l'occasion d'un hommage rendu à Jean Rochefort, disparu dimanche soir.


"Je vis les cardigans dans des couleurs dingues quand personne n'en portait. Je vis les grandes écharpes rouges, les trenchs verts, les pantalons de velours qui ne faisaient pas penser à mes professeurs d'université mais à un excentrique Hongrois. Et je vis le lien, entre ce chic libre et décalé, et la vie sexuelle.
Et je compris que les vêtements expriment la suite de ce que la peau voudrait dire. Et je compris de lui, là, qu'il disait au monde qu'on n'a jamais le droit de s'emmerder."


Ainsi donc, la manière dont on s'habille peut aussi être le vecteur silencieux d'un message subliminal, le vecteur de notre humeur au monde, de notre vraie nature intérieure.

L'élégance de Jean Rochefort n'était pas d'être un clone des tendances de la mode, elle n'était pas non plus de s'afficher avec un SMIC sur le dos. Non, elle était de laisser libre court à sa fantaisie et de laisser voir son élégance et sa liberté intérieure.

Prenez une moche personne et habillez là avec une panoplie de Jean Rochefort, et il sera au mieux ridicule, au pire affligeant.

Et ça c'est rassérénant non ?


L'intégralité de l'article (avec un titre qui ne le sert décidément pas) est à retrouver ici : "le style de Jean Rochefort a marqué une époque"

mardi 3 octobre 2017

Je suis un héritage

Catwalking/Getty Images on Man repeller

Demna Gvasalia, créateur de Balenciaga, est né en Géorgie en 1981.
Il a donc 36 ans, ce qui fait de lui, non pas un poulet de l'année ni vraiment un Millenial mais ce qu'on pourra appeller un fringant représentant des glorieuses 30's, cette tranche d'âge qui fait super peur aux vingtenaires et déclenche une irrépressible nostalgie chez les 40 ans et plus.

A chaque saison, Demna puise son inspiration dans le passé et la twiste (avec ce qu'on imagine être de la jubilation) pour proposer des silhouettes... euh... différentes.

Pourtant, passé le premier choc de voir passer un manteau à 4 manches ou des crocs à plateau couleur  crayola sous acide, il reste au fond de mon crâne un sentiment de vague réconfort et l'envie irrépressible de trouver ce créateur formidable.

Mais pourquoi diable me direz-vous ? Serait-ce un signe supplémentaire de mon aliénation à la dictature de l'image ?

Même pas.

Après d'intenses recherches et réflexions, le visionnage intensif des photos qui créent dans ma rétine une explosion de silhouettes dégingandées en technicolor, bam, la révélation.

Demna me plait parce que Demna parle à l'ado en moi.
A l'ado qui a porté fièrement son pull sur ses épaules par dessus une chemise à rayures de son père.
Qui a accroché à ses oreilles des grosses créoles en plastique bleu et porté son Burberry crânement ouvert par -10°c.
Qui a eu un sac banane et une ceinture chaîne.

On avait cru qu'il faudrait vivre toute notre vie avec cette croix d'avoir grandi dans les terribles 80's avec leur parfum de skaï et de débauche de signes extérieurs de bourgeoisie un peu moisie. Alors qu'il fallait juste attendre que la roue tourne. Ouf.

PS : plus de photos du défilé ici

lundi 25 septembre 2017

English vocabulary : emotions in motion


Print Nageurs - Loi Taylor Studio sur Etsy


Vous êtes fascinés par cette capacité qu'ont les anglophones à transformer leur langue comme si c'était un chantier perpétuel, accolant joyeusement les syllabes pour former de nouveaux mots au gré de leurs inspirations et de leurs besoins, piochant allègrement dans les langues voisines pour ne pas avoir à chercher dans les méandres de la leur.
Car vous êtes comme moi, traumatisés par des années d'annotations rageuses et excédées au bic rouge dans la marge de vos rédactions, qualifiant de barbarisme le fruit de votre imagination débordante en matière de vocabulaire.
Barbarisme, soit rien de moins qu'un attentat à l'intégrité de notre raison d'être Français, personnifiée, dans l'esprit fertile d'un enfant de moins de 10 ans, par un soldat sanguinaire en peau de bête attaquant au sabre les pauvres lettres tremblantes de notre Bled.
De quoi frustrer à tout jamais votre quête d'horizon linguistique.


lundi 4 septembre 2017

Biarritz surf gang






6 minutes : c'est le temps moyen passé dans la file d'attente de la caisse de Monop un jour de rentrée, un aller simple Colombes-Paris avec les nouveaux trains, a leisurely stay in the loo, la durée de cuisson tendre des coquillettes du soir, le bain de la dernière qui s'amuse avec ses Playmo, le temps de pause d'un masque fraicheur Daniel Jouvance, et surtout le temps de visionnage moyen d'un épisode de cette série qui décoiffe sur le surf.

Si pour vous ce sport est synonyme d'art de (bien)vivre, en harmonie avec une nature somptueuse,  de filles dorées par le soleil et d'abdos en béton surmontés de cheveux décolorés, alors vous allez vous prendre une bonne petit claque en regardant cette série en format court, développée pour être lue sur mobile.

Où l'on découvre à travers des témoignages et des images d'archives la vraie vie du premier et seul gang de surfeurs de la grande plage de Biarritz : le Biarritz Surf Gang, une soixantaine de jeunes plus proches de l'esprit des Sex Pistols que des planchistes ripolinés de nos fantasmes de Beach Boys.

C'est finement réalisé, jamais ennuyeux et vraiment étonnant.

La série est disponible sur la plateforme de distribution des formats courts de Canal+ : Studio +, depuis quelques mois, mais la bonne affaire c'est qu'elle est accessible gratuitement en ce moment.








Les infos sur cette série dans cet article du Monde et le nom de l'appli : Studio + à télécharger gratuitement (Les épisodes de Biarritz surf gang sont gratuits jusqu'au 15 septembre.  Ensuite, si le principe vous plait, c'est 2,99 euros par mois, sans engagement pour accéder à tout le catalogue du site).

mercredi 30 août 2017

Rester en vacances



Imaginer le 30 août qu'il va nous falloir 11 mois avant de respirer de nouveau à pleins poumons et d'ouvrir nos yeux sur les beautés du monde est une perspective que nous nous accorderons à trouver toute à fait propre à déclencher des idées noires. 
Y ajouter par dessus le fameux "tunnel du mois de septembre" et sa litanie de soirées les doigts plein de scotch et de papier cristal et là c'est le suicide qui devient inéluctable.


Au risque de décevoir un certain nombre d'entre vous, dormir avec sa fouta de bain au sable incrusté dans les fibres n'apparait PAS comme la solution la plus mature ni la plus agréable de prolonger votre été (déjà senti un coquillage après quelques semaines sur une étagère ? Alors, vous voyez ce que je veux dire). 

En revanche (et là je vous vois pousser un soupir de soulagement) il existe des moyens à l'efficacité merveilleuse de prolonger le doux sentiment de plénitude du mitan de vos vacances.


lundi 28 août 2017

Sociologie de trottoir #1 : le pompier


Maarten Van der Kamp


Il est midi, c'est l'été, il fait doux et le vent souffle mollement dans cette rue piétonne. Les ménagères font des zig zags entre boulangerie, boucherie, pharmacie et Monoprix. Le postier roule sur son vélo électrique, les enfants trainent les pieds et les nounous papotent.
Les mamies marchent à pas comptés et portent leur demi baguette aussi précautionneusement que s'il s'agissait d'un verre en cristal. La police municipale fait sa ronde en discutant avec animation du dernier transfert du PSG avec un commerçant sorti prendre l'air. Des hommes en costume et des femmes en tailleur marchent d'un pas vif et se hâtent vers la gare toute proche.

Ils apparaissent tout à coup et passent en troupeau à une allure que l'on qualifiera d'allegro ma non troppo. Foulée aussi légère que leur short, t-shirt réglementaire ajusté au millimètre, coupe courte, rasage 5 lames, talkie-walkie à la ceinture et ce flocage sur le torse qui veut tout dire : "pompiers de Paris". Silencieux, si ce n'est leur respiration et le bruit de leurs pieds, qui heurtent en cadences les pavés de la rue.

vendredi 25 août 2017

Photos de vacances


Benno Graziani


Ce post commence grâce à une chronique de Sophie Fontanel dans l'Obs sur les vacances de Jackie Kennedy et ses photos de l'été 1962, prises par un de ses photographes réguliers, Benno Graziani.

Au-delà de la nostalgie de l'argentique (on avait l'air tellement plus nets non ?) et de l'esthétique radieuse de ces années qualifiées de glorieuses par les économistes qui pourtant ne sont pas habituellement portés sur l'hyperbole sémantique, ce qui frappe c'est ce sentiment diffus qu'on ne prend plus de photos de vacances.

Je m'explique.

On prend des selfies, des natures mortes, des outfit of the day, des couchers de soleil (vous avez remarqué le nombre de couchers de soleil pris en photo cette année ? A croire que tout le monde s'était passé le mot), des Spritz avec le soleil qui se reflète dedans, des détails de panneaux marrants, des profils parfaits d'enfants sur fond bleu azur, des ventres serrés et des panoramiques vus de Drone, des photos un peu cruelles façon Martin Parr de nos voisins de serviette ou de table : toute une somme d'instantanés qui n'ont jamais moins mérité leur nom depuis qu'on peut les effacer jusqu'à atteindre ce qu'on pense être la perfection.

Tout cela compose un tableau léché comme un cornet de glace italien, propre, présentable, hautement désirable selon les critères de l'année. De la machine à like, du fuel à réseaux sociaux.

A part qu'en regardant les photos de l'été 62 de Jackie (où celle-ci avait semble-t-il bien relâché la pression de la présidence pour embrasser la dolce vita comme le raconte Sophie Fontanel), on voit autre chose.
Des cadres larges, des plans et des arrières plans, des poses qui n'en sont pas.
On voit des bouts de journée attrapés à la volée, des photos même pas posées, et, c'est drôle mais on imagine  immédiatement beaucoup plus que ce qu'elles représentent.

Ces photos nous parlent.

Tant pis si la pose n'est pas parfaite, tant pis si la lumière n'est pas rasante ni dorée.
Tout à coup on regrette de ne pas avoir passé plus de temps à créer les témoins de ces moments là, de ceux que l'on redécouvrait l'un après l'autre dans une pochette de papier, assis au café au soleil ou bien encore debout dans le labo photo. En souriant béatement ou en fronçant les sourcils.

Et on se dit alors que rien n'est perdu et on cherche dans son flux si par hasard, on n'a pas oublié de trier quelques photos.
Et, forcément, on finit par trouver quelques pépites : des mouvements suspendus, des cadrages approximatifs ou des images attrapées à la va-vite, sans mise en scène.

Une fois trouvées, on se prend à les regarder d'un oeil neuf, à les chérir et à se promettre de ne pas les détruire ni de les publier mais peut-être même de les imprimer pour les coller avec soin dans un album photo qu'on regardera plus tard, les jours de frais.

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