dimanche 16 novembre 2008

Le numérique vu par les filles #1

Saine Philosophie
Cette année c’est décidé, on fait un vrai break pour les vacances.
On va déconnecter totalement, débrancher, se libérer de tous ses fils, ses ondes qui nous mangent le cerveau et nous transforment en R2D2 grimaçantes.
On va manger du fromage de chèvre avec les doigts, presser les citrons avec ses dents et se rouler dans l’herbe.
Loin de la civilisation, du bruit, de la fureur de la ville et de son chef de service furibard.
On se remettra au fusain, on fera du point de croix, assise sur notre transat pendant que les enfants s’ébroueront gaiement dans la mer, comme des faons joyeux.
Et puis on descendra acheter le journal local, des espadrilles aux pieds et le jupon flottant à la brise du matin. On apprendra la gavotte pour danser dans les fest noz.
On relira Kundera pendant la sieste.
Ah ! j’oubliais :
On achètera la presse people tous les lundis et jeudis,
On filera fissa louer des DVD pour les enfants dès le 2ème jour de pluie,
On s’inventera des coups de fils urgents à passer au bureau pour descendre au village téléphoner aux copines
On écoutera Radiohead à fond dans l’iPod pour ne plus entendre le ressac.
Et puis tous les soirs, on chargera les photos prises pendant la journée sur le PC portable et on les retouchera en cachette au Photoshop pour que nos cuisses apparaissent vraiment comme on les voit dans notre miroir, fermes et musclées, et pas…, pas comme ça.
On enverra des MMS à la place des cartes postales avec des clichés hilarants du petit dernier, debout sur le tracteur du père Alfred, et de la grande, plongée dans ses SMS.
On sera des femmes parfaites, fées du logis et véritables chantres de l’harmonie. Avec nos réseaux et nos câbles, … et ce sera bien.

PS : cet article est paru à l'été 2005 dans le magazine Digital World (aujourd'hui on line http://www.digitalworld.fr/). Manière de rejouer chaque dimanche soir après le film au jeu du "mon PC regorge d'archives" et de lutter contre le blues de la veille du lundi.

samedi 15 novembre 2008

Temps suspendu


Çà pourrait être en 1964 ou en 1999. Le père ou la fille. L'Atlantique ou la Méditerranée. Ca n'a pas beaucoup d'importance.
En fermant les yeux, on entend les cris des enfants, le bruit des vagues, on sent l'odeur des niniches, des embruns, de la crème solaire et du sel sur la peau. Le goût des BN au sable et de l'eau tiède de la gourde.

1975 - au commencement il y a eu Nicole





Cherbourg. J'ai 5 ans. Je viens de dormir dans un hôtel Novotel pour la première fois de ma vie. J'ai ma robe de nuit préférée dans ma valise : satinette bleue turquoise avec un biais or (pur). Elle tombe presqu'à mes pieds. J'ai les cheveux aux épaules, des anglaises naturelles, des bonnes joues et des rondeurs indubitablement enfantines.
Je suis en vacances chez Emilie très loin de chez moi (dois-je vous rappeler que je suis Brestoise ?).
Irène, la maman d'Emilie, maman trrrrop cool nous emmène au Monoprix du centre ville et me propose de m'acheter un 45 tours. Finalement je repars avec deux de ces précieuses galettes : mes premiers disques. Le premier est celui des Rubettes "Yes I can do it" (oui, j'ai toujours été super d'avant garde dans mon choix de slogan) et le second est mon disque préféré de ma vie : Nicole Croisille. Une femme avec toi.
The pierre sur laquelle je bâtirai mon Eglise à moi.

2008. J'ai 38 ans.
Je n'ai pas revu Cherbourg ni Emilie depuis très longtemps. Ma robe de nuit a terminé au mieux à la Croix Rouge, au pire comme chiffonnette brille chaussure. Mes cheveux ont foncé, raccourci et mes rondeurs ont fondu comme un kouign amann au soleil d'août sur la pointe du Bindy.
Mais la chanson est toujours moi.
Et mon mari est tous les jours "gai comme un italien quand il sait qu'il aura de l'amour et du vin".
Et je suis une femme qui raconte sa vie comme elle vient.

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