mercredi 19 novembre 2008

Mauvaise langue





Il est 23 heures 15 et je rentre du boulot. Je n'en conçois aucune fierté, aucune colère. Non, non, juste une grosse envie d'aller me coucher, et avant, quand même, de relire ce monument qu'est "le parler creux sans peine". Avec un petit sourire narquois.


L'étoffe des héros




"Le groupe Kimberly-Clark lance un mouchoir tueur de virus sous sa marque Kleenex. Ce nouveau mouchoir Kleenex Anti-Viral est présenté comme étant capable d'éliminer en 15 minutes 99,9 % des virus de la grippe et du rhume. En effet, ces virus peuvent survivre habituellement plus de 48 heures dans un mouchoir classique. Kleenex Anti-Viral comporte quant à lui trois couches dont une contenant une formule anti-virale." (marketing magazine newsletter 18/11/2008)


Moi je dis vive le marketing de l'offre !
Quand on y pense, on vit dans un monde si inhospitalier, avec toutes ces petites bêtes qui nous narguent avec leurs yeux narquois et leurs poches remplies de virus qui vont nous sauter à la figure. Heureusement que Kimberly-Clark a en réserve toutes une armée de produits super héros. Allez, Batman retourne te coucher. Ton heure est passée

lundi 17 novembre 2008

GRRRRR !

Il est des lundis soirs comme des retours à l'âge de pierre.
Sur le quai, nuée d'humains fatigués, bougons, pressés et le front plissé.
Bousculade et embirlificotage pour atteindre la voie 7 (pourquoi la 7 ce soir alors que normalement c'est toujours la 9 ou la 11 ?).
Voix monocorde et insensible au chaos qui égrène les annonces de départs retardés / annulés / du haut de sa tour de contrôle invisible (mais où se cache-t-il ?)
Trop de monde pour s'asseoir dans le train et personne qui bouge pour s'avancer dans l'allée et soulager la pression près des portes
Jeune mère égarée avec énorme poussette - hagarde à l'entrée du wagon et tout pleins d'yeux qui ont subitement très envie de regarder leurs chaussures - dès fois qu'il faudrait l'aider.
Mal embouché qui peste à haute voix contre ces "mères de famille irresponsables qui ont le temps et pourraient prendre les transports aux heures creuses plutôt que de nous poursuivre avec leur marmaille hurlante au nez qui coule".
Re-yeux sur les chaussures. Un peu honteux quand même.
Nuit subite dans le train et attente. Attente.
Attente encore.
Voix monocorde qui annonce l'annulation du train de 19 heures 57 en voie 7 mais annonce le départ imminent d'un train pour la même direction 8 voies plus loin.
Marée humaine qui se lève comme une Holà pas gaie pour courir voie 15 histoire d'avoir peut-être une place assise cette fois ci.
Ouf. Assis dans le train.
Tout le monde se perd dans son livre, son magazine, ses pensées, le volume maximum de son iPod branché sur Eminem-meets -les-Tambours-du-Bronx.
Voisin d'en face pas grand mais avec grandes jambes qui prennent toute la place - jambes largement écartées. Est-il vraiment concevable que je place mes genoux dans l'espace béant ou bien alors je me plie en 12 pour faire disparaître cette situation qui ne gêne que moi ?
Départ.
Ouf.
Une onde de soulagement légère mais tellement bienvenue parcourt la masse des voyageurs amassés comme des sardines en boite non calibrées d'importation -huile comprise .
Gare d'arrivée.
Bousculade pour sortir.
Revoilà la jeune maman. Avec sa poussette devant les escaliers. Bien embêtée. Qui prend toute la place et augmente la bousculade.
Re-mal embouché qui peste à haute voix contre ces "mères de famille irresponsables qui ont le temps et pourraient prendre les transports aux heures creuses plutôt que de nous poursuivre avec leur marmaille hurlante au nez qui coule".
Jeune femme qui propose son aide pour porter la poussette. Grosses baraques qui passent devant - même pas honte.
La sortie. L'air frais du soir. Le téléphone qui sonne "T'es où maman ?".
Sourire.

Crédit Photo : Henri R.

dimanche 16 novembre 2008

Le numérique vu par les filles #1

Saine Philosophie
Cette année c’est décidé, on fait un vrai break pour les vacances.
On va déconnecter totalement, débrancher, se libérer de tous ses fils, ses ondes qui nous mangent le cerveau et nous transforment en R2D2 grimaçantes.
On va manger du fromage de chèvre avec les doigts, presser les citrons avec ses dents et se rouler dans l’herbe.
Loin de la civilisation, du bruit, de la fureur de la ville et de son chef de service furibard.
On se remettra au fusain, on fera du point de croix, assise sur notre transat pendant que les enfants s’ébroueront gaiement dans la mer, comme des faons joyeux.
Et puis on descendra acheter le journal local, des espadrilles aux pieds et le jupon flottant à la brise du matin. On apprendra la gavotte pour danser dans les fest noz.
On relira Kundera pendant la sieste.
Ah ! j’oubliais :
On achètera la presse people tous les lundis et jeudis,
On filera fissa louer des DVD pour les enfants dès le 2ème jour de pluie,
On s’inventera des coups de fils urgents à passer au bureau pour descendre au village téléphoner aux copines
On écoutera Radiohead à fond dans l’iPod pour ne plus entendre le ressac.
Et puis tous les soirs, on chargera les photos prises pendant la journée sur le PC portable et on les retouchera en cachette au Photoshop pour que nos cuisses apparaissent vraiment comme on les voit dans notre miroir, fermes et musclées, et pas…, pas comme ça.
On enverra des MMS à la place des cartes postales avec des clichés hilarants du petit dernier, debout sur le tracteur du père Alfred, et de la grande, plongée dans ses SMS.
On sera des femmes parfaites, fées du logis et véritables chantres de l’harmonie. Avec nos réseaux et nos câbles, … et ce sera bien.

PS : cet article est paru à l'été 2005 dans le magazine Digital World (aujourd'hui on line http://www.digitalworld.fr/). Manière de rejouer chaque dimanche soir après le film au jeu du "mon PC regorge d'archives" et de lutter contre le blues de la veille du lundi.

samedi 15 novembre 2008

Temps suspendu


Çà pourrait être en 1964 ou en 1999. Le père ou la fille. L'Atlantique ou la Méditerranée. Ca n'a pas beaucoup d'importance.
En fermant les yeux, on entend les cris des enfants, le bruit des vagues, on sent l'odeur des niniches, des embruns, de la crème solaire et du sel sur la peau. Le goût des BN au sable et de l'eau tiède de la gourde.

1975 - au commencement il y a eu Nicole





Cherbourg. J'ai 5 ans. Je viens de dormir dans un hôtel Novotel pour la première fois de ma vie. J'ai ma robe de nuit préférée dans ma valise : satinette bleue turquoise avec un biais or (pur). Elle tombe presqu'à mes pieds. J'ai les cheveux aux épaules, des anglaises naturelles, des bonnes joues et des rondeurs indubitablement enfantines.
Je suis en vacances chez Emilie très loin de chez moi (dois-je vous rappeler que je suis Brestoise ?).
Irène, la maman d'Emilie, maman trrrrop cool nous emmène au Monoprix du centre ville et me propose de m'acheter un 45 tours. Finalement je repars avec deux de ces précieuses galettes : mes premiers disques. Le premier est celui des Rubettes "Yes I can do it" (oui, j'ai toujours été super d'avant garde dans mon choix de slogan) et le second est mon disque préféré de ma vie : Nicole Croisille. Une femme avec toi.
The pierre sur laquelle je bâtirai mon Eglise à moi.

2008. J'ai 38 ans.
Je n'ai pas revu Cherbourg ni Emilie depuis très longtemps. Ma robe de nuit a terminé au mieux à la Croix Rouge, au pire comme chiffonnette brille chaussure. Mes cheveux ont foncé, raccourci et mes rondeurs ont fondu comme un kouign amann au soleil d'août sur la pointe du Bindy.
Mais la chanson est toujours moi.
Et mon mari est tous les jours "gai comme un italien quand il sait qu'il aura de l'amour et du vin".
Et je suis une femme qui raconte sa vie comme elle vient.

LinkWithin

Blog Widget by LinkWithin